
Le journal Elle a décidé pour son édition en ligne de publier un classement des blogs féminins. L'exercice a été réalisé par Catherine Nivez (ancienne journaliste d'Europe 1) en partenariat avec Wikio. La méthode utilisée : je définis des catégories et je fais rentrer dedans des blogs tenus par des femmes...
Christelle a été une des première à réagir sur cette initiative de Elle, y compris en allant directement s'exprimer sur Wikio. Fadila réagit également directement sur la note explicative de Pierre Chappaz (Wikio). A ce sujet, je trouve que les réponses de Catherine Nivez (sur Wikio et sur le blog de Pierre) sont particulièrement maladroites, ne semblant pas souffrir les remarques émises. Je suis allé moi-même discuter avec Christelle sur son blog, arguant que ce classement devait correspondre à une demande de Elle, mais je comprends l'émoi que suscite ce classement.
Pour essayer d'aller au-delà de la problématique de l'image de la femme dans notre société, je trouve que la démarche de Elle reflète l'approche des entreprises qui cherchent à cloisonner et classifier leur marché dans des silos qui les satisfont, estimant que ces silos représentent ce qu'ils sont. Ce qui peut parfois constituer une grande différence avec ce comment ils sont perçus, ou la manière dont sont organisées les structures de marché d'une entreprise.
Mais pour cela, il faut écouter son marché sans a priori initial, pour ensuite dégager des groupes, des communautés...
L'erreur de ce classement de Elle est symptomatique des problèmes posés aux entreprises et repose sur plusieurs points.
Premier point : faire un classement sur le genre de l'auteur ne devrait pas être du genre de ceux qui pratiquent le Web. Catherine Nivez et Pierre Chappaz connaissent suffisamment le Web et ses évolutions pour que l'on soit surpris de l'approche retenue. Je propose ainsi que la prochaine fois, le parti socialiste établisse un classement des blogueurs de gauche (ceux qui rédigent de la main gauche s'entend), tandis que l'UMP ferait un classement des blogueurs qui rédigent de la main droite. Et le centre un classement des ambidextres... J'espère que le modèle économique de Wikio ne va pas se contenter d'être pourvoyeur de classement, à partir d'un algorithme qui ne satisfait pas toujours tout le monde. Les données traditionnelles de segmentation des cibles ne correspondent plus à la réalité. Il suffit d'aller regarder les profils des membres de n'importe quel groupe fan d'une marque sur Facebook pour s'en rendre compte.
Deuxième point : Parmi les blogs les plus lus, ou les plus visités, ou les plus commentés, ou les plus... il aurait fallu identifier ceux qui sont tenus par des femmes. A partir de là, il aurait été intéressant de dégager les catégories permettant de classer ces blogs. Cela aurait permis d'identifier les vraies catégories dans lesquelles les femmes qui utilisent cet outil de communication se distinguent. Bien entendu cela aurait sûrement été différent des catégories usuelles de la femme Elle. C'est la projection inverse du point précédent. Si votre cible est le 25/50 ans, il faut pouvoir identifier ses points de présence sur le Web et ses sujets d'intérêts, avant de pouvoir envisager d'engager toute action ou dialogue.
Troisième point : Il me semble que l'on voit là clairement le schisme en train de s'approfondir entre la presse traditionnelle (mais les entreprises également) et la réalité du marché. La grande différence est qu'auparavant l'entreprise était toujours mieux structurée que les composantes de son public pour gérer les relations. Ceci est d'autant plus vrai que nous n'avons pas en France la culture du Class Action. Or, sur le Web, il est désormais à la portée de tous de pouvoir initier une coalition, de se joindre à un mouvement qui est structuré pour communiquer, recruter et revendiquer. Or, une voix qui s'exprime au travers de 10 têtes, ou de 100... commence forcément à avoir un impact capable de rivaliser avec les moyens d'une entreprise (la réactivité et la mobilité en plus). Elle devrait en tenir compte dans le cas présent.